Photo: Photo: Jean-François Boisvenue

Jean-Sébastien Lourdais / Fabrication Danse / FTA

Bleu

Danse

Plonger dans le bleu des yeux d’une femme. Le bleu des mers intérieures. Sentir l’envol pulmonaire. Et puis le cœur qui flotte avant de redescendre en apnée. Respiration, pulsation, continuum de sensations et de mutations internes. La toute nouvelle création de Jean-Sébastien Lourdais fait l’expérience d’états de corps où se découvre une quête, celle de la pure présence.

Avec Bleu, solo interprété par Sophie Corriveau, la danse se met à l’écoute des profondeurs, d’une solitude originelle. La gestuelle accompagne les textures sonores élaborées à même la scène, à l’approche de cet instant saisissant où le temps n’existe plus. Le mouvement se liquéfie et remue les sédiments de la mémoire qu’il fait remonter à la surface de l’épiderme. Bleu révèle la force et la singularité d’une collaboration entre un chorégraphe et une interprète parvenue à une remarquable maturité.

 

Un spectacle de
  • Fabrication Danse
Chorégraphie
  • Jean-Sébastien Lourdais
en collaboration avec
  • Martin Bélanger + Sophie Corriveau
Interprétation
  • Sophie Corriveau
Dramaturgie
  • Martin Bélanger
Conception et performance sonore
  • Ludovic Gayer
Lumières
  • Jean Jauvin
Direction technique et de production
  • Alexandre Larrègle
Communications
  • Nicolas Sado
Coproduction
  • Festival TransAmériques + La Chapelle Scènes Contemporaines
Avec le soutien de
  • Arhoma
Résidences de création
  • Centre de Création O Vertigo + Maison de la culture Mont-Royal + Maison de la culture Maisonneuve + Fonderie Darling + Département de danse de l’UQAM + Les marches de l’été (Bordeaux)
Rédaction
  • Mylène Joly
Traduction
  • Neil Kroetsch
Création au
  • Festival TransAmériques, Montréal, le 27 mai 2018

Diplômé de l’UQÀM, il fait ses marques comme chorégraphe en signant Un beau matin du 21 juin (2001), qui impressionne déjà par sa signature affirmée.

Il fonde ensuite sa compagnie Défaut de fabrication en 2003, maintenant rebaptisée Fabrication Danse. Pendant près d’une dizaine d’années, il privilégie une approche manifestement théâtrale, qui s’exprime à travers une gestuelle empreinte d’animalité, de déséquilibre, voire de violence.

Refusant de se conforter à un seul et unique style, il ose aborder la danse autrement. La pièce Vers (2012), présentée notamment aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, marque ainsi un virage radical dans la carrière du chorégraphe.

Dès lors, la facture de ses pièces s’épure pour laisser place à une atmosphère plus méditative, laissant toute la parole aux états et aux sensations. Se déploie ainsi une réflexion sur le corps qui s’abandonne et qui gagne en conscience. Ce changement lui vaut d’être en nomination aux prix Dora Mavor Moore en 2012 avec la pièce Étrange, créée pour le Toronto Dance Theatre.

Nourri des méthodes somatiques, le langage de Lourdais gagne en profondeur et en complexité, comme en témoigne La chambre anéchoïque (FTA 2015 et Hivernales d’Avignon). Second passage au FTA, Bleu poursuit la recherche sur la transformation et la présence amorcée avec la danseuse Sophie Corriveau dans Milieu de nulle part (2014), une œuvre créée pour sept solistes chevronnés.

Vous avez créé Bleu pour et avec la danseuse Sophie Corriveau. De fait, vous avez travaillé en étroite collaboration avec elle pour développer un langage propre. Comment parvenez-vous à éveiller la mémoire corporelle de l’interprète pour en faire une œuvre ?

À la base de ce langage, il y a une rencontre. Sophie et moi avons créé un premier solo en 2014 pour la pièce Milieu de nulle part. Nous avons tissé à ce moment-là une relation artistique et professionnelle très forte. De ce solo a émergé un langage propre à Sophie qui nous a menés vers un travail d’états somatiques et de raffinement de la conscience du corps.

Pour Bleu, nous avons repris cette démarche que nous avons davantage approfondie. Nous avons abordé le travail à partir du toucher. Cette approche nous a permis d’exacerber et d’éveiller des sensations physiques intérieures tout en restant en phase avec la réalité extérieure. Grâce à ce travail de l’intimité, nous avons été amenés à plonger dans notre mémoire profonde, ce qui éveille tout un imaginaire propice à l’écriture d’une danse singulière. Sophie doit s’accorder une pleine liberté, non pas dans le jeu et la narration, mais dans l’état.

En l’observant, en l’écoutant et en lui parlant durant des improvisations, ma présence l’aide à y parvenir. Mon travail est de l’accompagner dans cet univers du vécu corporel. Il va sans dire qu’une telle relation en création implique une abolition de toute hiérarchie entre chorégraphe et interprète. C’est donc clair pour moi qu’il ne s’agit pas de ma, mais de notre création.

Vous apportez une matière organique, sonore et visuelle dans l’espace. Comment cette matière participe-t-elle aux états de corps qu’explore la danseuse ?

Si je privilégie cet environnement, c’est qu’il n’est pas figé, mais au contraire, il se transforme tout au long de la pièce. La matière utilisée n’est plus prise pour ce qu’elle est, mais pour tout ce qu’elle peut évoquer et éveiller d’un point de vue sensoriel. L’environnement participe donc à l’évolution dramaturgique en offrant quantité de lectures au spectateur.

À mon sens, la musique joue un peu le même rôle. La matière sonore est très brute, voire contemplative. Elle offre une texture inusitée qui sollicite à son tour des sensations enfouies dans la mémoire corporelle, celle de Sophie comme celle du spectateur, et qui laisse place à de nombreuses interprétations.

À la simple lecture des titres de vos dernières œuvres — que ce soit Vers, Milieu de nulle part ou La chambre anéchoïque —, il semble que votre démarche chorégraphique témoigne d’une certaine perte des repères. Qu’en est-il de Bleu ? Faut-il y lire une référence à un espace indéfini, comme le bleu du ciel et de la mer ?

Je pense qu’il s’agit moins de tenter de perdre ses repères que de tenter d’en faire émerger de nouveaux. Depuis la création de Vers, je cherche surtout à repenser le corps dansant sur scène de façon consciente, à défricher de nouveaux territoires physiques, psychiques, sensoriels, voire énergétiques. Mes repères sont désormais ceux du corps. Ils répondent à des qualités internes.

Mon rapport au spectateur aussi a changé. Je ne cherche plus à le conscientiser en le provocant. Je tente de m’adresser à sa sensibilité en l’invitant à une réflexion riche en matière de présence, d’états, d’intériorité. Cette approche implique une prise de risque tout à fait différente, autant pour mon interprète que pour moi ou le public.

Elle suppose la patience, l’acceptation de l’inconnu et du vide en création. Quand on s’ouvre à une expérience comme celle-ci, on accède à quelque chose qu’on a tous en soi, où il est difficile de pénétrer parce qu’on est toujours très structuré par des éléments extérieurs au corps et à l’esprit. Cet abandon m’amène à une paix, à être présent à ce qui est là en toute simplicité. C’est ce qui me permet d’être pleinement dans l’expérience. Et d’avancer.

« L'incroyable Sophie Corriveau [...] nous convie à la transe de son corps, d'abord englué dans une paille crissante, puis mû par une force qui l'invite à s'évader. »

 — Mathias Daval, IO Gazette, 2017-02-25

 

« Jean-Sébastien Lourdais trace une trajectoire à part, totalement atypique dans le paysage chorégraphique montréalais. »

 — Frédérique Doyon, Le Devoir, 2012-02-03, à propos de Vers