Réjean Ducharme + Martin Faucher / FTA

Autour du Lactume

Lecture publique + Théâtre

Photo: Photo: Maude Chauvin

Juin

Mardi 5  
Mercredi 6  
Jeudi 7  
Vendredi 8  
Samedi 9  
Dimanche 10  

Toute sa vie, Réjean Ducharme a été présent tout en demeurant caché. Le destin a fait en sorte qu’au moment où il est disparu, un nouveau livre est apparu, surgi du passé : Le Lactume, 198 dessins accompagnés de très ducharmiennes légendes, envoyés à un éditeur en 1966, oubliés, redonnés à l’auteur en 2001, puis édités en 2017. Intact : le Ducharme libre et fou de ses 23 ans, dessinant et commentant ses révoltes, constats et rêveries au cœur d’un Québec en pleine révolution.

Il y a une longue table de travail, cinq piles de dessins, de la musique et, surtout, la comédienne Markita Boies, que Ducharme aimait tant. Avec cette gravité enfantine, un rien moqueuse et sincère à mort, nécessaire pour entrer chez Ducharme, Martin Faucher orchestre un moment ludique et poétique, lumineux et intimiste, empreint d’un immense amour pour la vie, la mort, l’art, la beauté et l’écrivain disparu.

 

Un spectacle original des
  • éditions du passage
Production déléguée
  • Jamais Lu
Dessins et légendes
  • Réjean Ducharme
Conception, collage et mise en scène
  • Martin Faucher
Textes
  • Réjean Ducharme + Pierre Corneille + Lautréamont + Émile Nelligan + Arthur Rimbaud
Interprétation
  • Markita Boies
Lumières, assistance à la mise en scène et régie
  • Samuel Patenaude
Vidéo
  • Sandrick Mathurin
Rédaction
  • Paul Lefebvre
Traduction
  • Neil Kroetsch
Présentation en collaboration avec
  • La Chapelle Scènes Contemporaines + Festival international de la littérature
Création au
  • Festival international de la littérature, le 23 septembre 2017

Avec ses narrateurs qui, à coup de délinquances envers le langage et le monde, font de l’enfance un territoire de résistance contre la vie rabougrie de « l’adulterie », ses romans ont profondément infléchi la littérature et la culture québécoises.

Également auteur dramatique (Inès Pérée et Inat Tendu et HA ha!…), scénariste (Les bons débarras et Les beaux souvenirs) et parolier, Ducharme apparaît somme toute comme un poète qui se méfiait des poèmes. Il est décédé le 21 août 2017, à l’âge de 76 ans, au moment où Le Lactume arrivait en librairie.

Avec un premier spectacle, À quelle heure on meurt ?, un collage d’œuvres de Ducharme créé en 1988, Martin Faucher fait l’année suivante son entrée au FTA. En 1994, il adapte pour le théâtre et met en scène La fille de Christophe Colomb de Ducharme avec la comédienne Markita Boies.

Comédien de formation, ce metteur en scène a signé plus de 40 spectacles de théâtre, tout autant des créations (Jasmine Dubé, Carole Fréchette, Sarah Berthiaume) que des œuvres issues des répertoires classique ou contemporain. Il est depuis 2014 codirecteur général et directeur artistique du FTA. Autour du Lactume a été créé au Festival international de la littérature en septembre 2017, à l’initiative des éditions du passage.

Quelle place tient l’œuvre de Ducharme dans votre vie et dans votre art ?

Martin Faucher : Réjean Ducharme est entré très tôt dans ma vie, via les pages culturelles des quotidiens ; en 1976, adolescent, j’avais été fasciné par une photo de production d’Inès Pérée et Inat Tendu, puis je me souviens avoir été intrigué par la critique de HA ha!… à sa création. J’avais d’abord lu trop jeune L’avalée des avalés ; je n’avais rien compris, mais j’en avais capté l’immense désir d’amour. En fait, c’est lorsque j’étudiais pour être comédien que j’ai lu Ducharme et que je me suis reconnu dans ses œuvres.

Quelques années plus tard, en 1988, je désirais mettre en scène un premier spectacle et l’univers de Ducharme s’est imposé à moi. À quelle heure on meurt ? demeure l’expérience théâtrale la plus forte que j’aie vécue. Pas tant parce que c’était ma première mise en scène, mais en raison de la profondeur de l’univers littéraire de Ducharme, un univers avec lequel je me sentais — et me sens encore — en osmose. Avec Ducharme, je suis en moi, chez moi, par son appropriation du langage et de toutes les dimensions de notre culture : j’y trouve à la fois Corneille et Le ranch à Willie.

Le Lactume est un étrange objet : 198 dessins de Ducharme datant de 1965, chacun avec sa légende, envoyés à Gallimard, oubliés dans des boîtes de carton, rendus à l’auteur en 2001, publiés en 2017 et en librairie quatre jours après le décès de Ducharme. En quoi est-ce théâtral ?

Le Lactume permet une véritable plongée dans l’œuvre de Ducharme. Les dessins et les textes portent toute la vigueur d’un gars de 23 ans au milieu des années 1960 à Montréal, alors que le Québec vit une transformation radicale. Ducharme est à la fois dedans et dehors, reclus chez lui et se baladant dans la ville comme on arpente une forêt sauvage, sensible aux grandes et aux petites choses.

C’est à la fois un grand romantique, amoureux de l’amour, amoureux de la mort, et un jeune homme révolté qui fait impulsivement des dessins avec des crayons Prismacolor. On ressent les nuits blanches, fiévreuses. J’ai voulu cerner ce que je pressens de Ducharme, son idéal de vivre, son désir de pureté et le monde capitaliste américain qui le décourageait. Avec des fragments des sources d’inspirations et des lectures qui lui ont permis de constituer son œuvre (comme Nelligan, Lautréamont ou Rimbaud), j’ai voulu fondre le geste créateur du jeune Ducharme et les matériaux littéraires qui le stimulaient.

Comment pouvions-nous partager l’énergie de cet homme qui était autant dans la célébration de la vie que dans le pessimisme le plus total ? Il y a aujourd’hui tellement de gens, jeunes ou vieux, qui peuvent aussi se sentir comme ça. J’ai donc voulu retrouver l’essence et l’humour caustique d’un gars fougueux de 23 ans. Mais ce qui se dégage surtout d’Autour du Lactume, c’est, j’oserais dire, une élégance dans l’impertinence.

Le spectacle a d’abord été présenté au Festival international de la littérature en septembre 2017. Comment ce projet a-t-il d’abord été amorcé ? 

Cet événement a été pensé par les éditions du passage pour accompagner le lancement du livre. Avant son décès, on m’a rapporté que Ducharme avait approuvé le projet avec cette mise en garde : « Super ! Et n’oubliez pas, c’est drôle, cette affaire-là ! ».

Fin juillet 2017, je reçois donc Le Lactume et je commence à transcrire les légendes, une à une, dans l’ordre. Se passe alors un phénomène mystérieux : je me retrouve immédiatement plongé dans le même élan créateur que j’avais connu avec À quelle heure on meurt ?. Je reconnais l’énergie de Ducharme, son mélange de références québécoises et européennes, ses thèmes : l’amour, l’amitié, la culture populaire, la critique sociale, l’écriture.

Puis je crée un nouvel ordre pour les titres et lorsque Markita les lit — nous sommes à la mi-août —, nous retombons dans le même plaisir éprouvée avec La fille de Christophe Colomb. Nous nous retrouvons dans l’ébullition des années 1960 : le Mille Mille du Nez qui voque devient un alter ego de Ducharme ; L’océantume nous conduit aux Chants de Maldoror. Le mariage d’insouciance et de gravité nous oriente vers Rimbaud. Et il y a la musique, baroque ou pop, peu importe, que Ducharme aimait tant : Françoise Hardy, Chopin et les Jefferson Airplane. Et du silence. Et de la danse.

Fin août, alors que je suis en Europe, j’apprends la mort de Ducharme. Je suis bouleversé. Comme notre travail était très avancé, la pression de faire un hommage posthume nous a été épargnée. Mais son décès ne pouvait faire autrement que de donner une couche de sens supplémentaire à l’événement, une gravité dans la légèreté.

« Le Lactume  est peut-être une nouvelle clé de l'univers de Ducharme. »

— Chantal Guy, La Presse, 2017-08-30

 

« Il s'avère tout à fait naturel que [l']oeuvre [de Réjean Ducharme] se conclue à la croisée du littéraire et du graphique, entre le dit et le non-dit, dans un univers profondément bigarré. »

— Shelbie Dubois, Artichaut Magazine, 2017-10-02

 

« L'ultime oeuvre de l'écrivain fantomatique. »

— Fabien Deglise, Le Devoir, 2017-08-26

 

« Le Lactume vient éclairer une autre facette de [l']âme [de Réjean Ducharme]. »

— Jean Philippe Cipriani, L'Actualité, 2017-08-23