Clara Furey

Rather a Ditch

Danse + Musique

© Mathieu Verreault

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En écho à l’album hypnotique Different Trains de Steve Reich, Clara Furey dirige Céline Bonnier dans un solo sensoriel, viscéral et existentiel, faisant résonner le silence d’une solitude profonde.

Femme-paysage et femme-machine. Attendant le train ou devenant le train lui-même. Voyage du corps en saccades et secousses sur une musique frénétique. Puis, le silence. En écho à l’album hypnotique Different Trains de Steve Reich qu’elle a écouté enfant, Clara Furey dirige Céline Bonnier dans un solo viscéral et existentiel.

Et si on avait pris le mauvais train ? Comment culpabilité et gratitude cohabitent chez les survivants ? Furey fait dialoguer les questions posées par Reich sur les sacrifiés de l’histoire, et s’interroge sur la fragilité de nos destinées. Dans le silence résonne la solitude profonde de l’humanité face à elle-même, après le chaos. Portant une attention minutieuse au souffle, aux subtils sursauts de vie du mur de papier imaginé par la plasticienne Caroline Monnet, Clara Furey travaille en profondeur les états du corps, creuse dans le vide un langage neuf. Sobre, vibrant, magnétique.

Clara Furey est artiste associée à Par B.L.eux.

 

Les billets individuels seront en vente seulement à partir du 29 mars 2019. Les détenteurs d'un Abonnement Prélancement, le Forfait 5 entrées et Abonnement 3+ ont accès aux billets dès maintenant en contactant directement la billetterie de La Chapelle.

Elle complète ensuite une formation à l’École de danse contemporaine de Montréal et performe pour des chorégraphes tels que George Stamos, Damien Jalet et Benoît Lachambre. Artiste habituée aux collaborations (Untied Tales avec Peter Jasko, présentée à la Biennale de Venise en 2016, Ciguë avec Éric Arnal Burtschy), Furey signe sa première direction artistique en solo en 2017 avec Cosmic Love, une pièce de groupe à la gestuelle minimale qui explore les vides et la part invisible dans l’interaction du corps, du chant et de l’espace.

La chorégraphe et performeuse s’intéresse au déplacement des codes dans différentes formes d’art, au dialogue interdisciplinaire. En 2017, elle a performé 90 fois When Even The aux côtés d’une sculpture de Marc Quinn dans le cadre de l’exposition sur Leonard Cohen au Musée d’art contemporain de Montréal.

Au FTA, on a pu la voir comme interprète dans Là où je vis (2008) de Danièle Desnoyers et dans Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent (2008) de Loui Mauffette, puis comme cocréatrice avec Benoît Lachambre dans Chutes incandescentes (2012), un solo pour deux corps inclassables.

Avec Rather a Ditch, Furey renoue avec sa complice Céline Bonnier avec qui elle avait créé Hello. How are you ? (2011), mais cette fois, Furey signe le solo et poursuit sa recherche sur la porosité des corps et le dialogue entre les différents médiums, dans une pièce qui répond à l’album Different Trains de Steve Reich, une invitation lancée par Olivier Bertrand, directeur de La Chapelle Scènes Contemporaines.

Rather a Ditch s’inscrit dans l’Album Project d’Olivier Bertrand, directeur artistique de La Chapelle Scènes Contemporaines, qui consiste à revisiter un album comme point de départ d’un projet artistique. Pourquoi avez-vous choisi Different Trains de Steve Reich ?

Je dois admettre que Different Trains me ramène à la joie de jouer de la musique écrite, qui vient de la formation que j’ai reçue au Conservatoire de musique de Paris. La pièce me fascine aussi par la question qu’elle pose : « Si j’avais pris un autre train, serais-je mort ? » Cela renvoie à la question du destin et du sentiment de culpabilité portée par les survivants.

On connaît tous des gens qui ont pris le mauvais chemin et on ne peut qu’être reconnaissant d’être là où on est, même si on fait des mauvais choix. Je suis une femme dans la trentaine, libre, née avec des opportunités. On ne naît pas en méritant quelque chose. Il y a dans Different Trains un élément de gratitude important : celui de se rappeler nos chances.

Le personnage incarné par Céline Bonnier fait écho à l’album, divisé en trois parties : Before the War, During the War, After the War. Elle essaie d’enfiler sa robe, mais n’y arrive pas, comme un enfant qui ne veut pas aller à l’école la première journée, comme quelqu’un qui ne peut pas se préparer à ce qui s’en vient.

 Le spectacle met en scène un extrait de la pièce de Reich, puis son écho dans le silence. Pourquoi ce contraste ?  

Je voulais faire entendre la pièce, une musique vivante, électrique, très présente, puis lui faire une réponse en miroir dans le silence, parce que Reich parle de l’Holocauste, de ceux qui ont pris le mauvais train menant aux camps de concentration et de leur disparition.

Je m’intéresse au contrecoup, à la résonance. Qu’est-ce qui existe, qu’est-ce qui est déjà là et qu’est-ce qu’on découvre, quand on s’y arrête ? Dans mes trois derniers projets (Untied Tales, Cosmic Love et When Even The), la musique avait une place énorme, parce qu’elle dialoguait avec un immense vide scénique. Rather a Ditch amorce plutôt un dialogue avec le silence qui laisse beaucoup de place à l’esprit créatif du spectateur dans une forme de langage implicite, intérieur.

La chorégraphie explore des états de corps. Comment avez-vous abordé le travail chorégraphique ? 

Je questionne la danse dans chaque respiration, chaque petit mouvement. Je suis fascinée par l’immobilité, impossible à atteindre. Je vois Céline Bonnier tantôt comme la femme-paysage, tantôt la femme dans le train ou le train lui-même.

Dans l’insistance à déjouer les attentes du spectateur, je cherche à ce qu’il tombe dans un état hypnotique. Je cherche à créer chez lui une écoute, une réceptivité et un éveil, qu’il sente la puissance du son, du train, mais aussi celle des vagues que Céline fait avec son ventre. Quand elle respire, on perçoit la machinerie du train, l’énergie sexuelle, mais aussi le paysage qui défile.

Je voulais que son corps dialogue avec le son et l’espace, occupé par un mur de papier créé par Caroline Monnet. C’est un paysage en constante mouvance qui renvoie à l’idée d’archivage : l’accumulation des morceaux de papier rappelle les morts anonymes. Le mur est à la fois vivant et morbide. La musique, le mouvement et l’art plastique se répondent et s’influencent mutuellement.

Pourquoi ce titre, tiré d’une citation d’Antoine et Cléopâtre de Shakespeare : « Un fossé en Égypte me serait une plus douce tombe » ?

Cléopâtre affirme le contraire de Reich, qui dit « this train or that train is beyond my control ». Elle revendique plutôt le fait de choisir où elle va creuser sa tombe. J’aime sa radicalité. Dans la vie, on n’a pas le choix de tout, mais on a quand même un pouvoir de décision.

Le titre parle de mort, mais dans une perspective de choix. Je suis, par nature, attirée par les choses sombres, mais obsédée à y trouver la lumière. La noirceur pour moi n’est pas seulement un état psychologique, mais aussi un liant : le noir est un chaos sans discrimination. C’est ce qui nous manque dans la lumière.

Un spectacle de
  • Clara Furey
Production déléguée
  • Par B.L.eux
Idée originale
  • Olivier Bertrand
Conception et direction artistique
  • Clara Furey
Cocréation et performance
  • Céline Bonier
Conception sonore
  • Jean-François Blouin
Recherche sonore
  • Ida Toninato
Scénographie
  • Caroline Monnet
Lumières et direction technique
  • Karine Gauthier
Costumes
  • Michèle Hamel
Conseil artistique
  • Andrew tay
Regard extérieur
  • Christopher Willes
Diffusion
  • Stéphanie Hinton – FÔVE Diffusion