Simon Grenier-Poirier + Dorian Nuskind-Oder

Speed Glue

Danse

© Vincent Lafrance

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Des champions nationaux de ping-pong jouent sans l’envie de battre l’adversaire. Pour la beauté du jeu. Un ballet inusité où tout le monde gagne.

Une table, un filet. Une partie de ping-pong. Deux jeunes joueurs professionnels s’échangent la balle sans jamais la faire tomber. Les créateurs Simon Grenier-Poirier et Dorian Nuskind-Oder réinventent les règles et invitent des champions nationaux de ping-pong à jouer sans l’envie de battre l’adversaire. Pour la beauté du jeu.

Et si le sport redevenait ludique, le temps d’étonnantes prouesses, de fascinantes variations rythmiques et spatiales ? Et si l’enjeu n’était pas de reproduire un modèle de concurrence en éliminant l’autre, et toujours plus vite ? Les deux artistes remettent en cause l’omniprésence des rouages capitalistes dans nos vies et cette idée persistante que chaque échange requière un perdant. Une transformation s’opère dans une partition chorégraphique entre deux pongistes de haut niveau. Le spectateur, libéré de toutes attentes compétitives, savoure ce ballet inusité de sportifs aguerris. Tout le monde y gagne.

 

 

Montréalaise depuis 2009, chorégraphe formée à New York, Dorian Nuskind-Oder a présenté des performances dans différents lieux du Québec, notamment à Tangente, au Studio 303 et à La Rotonde.

Activement engagée dans son milieu, elle est membre de la société de production Je suis Julio et codirectrice avec Katie Ward d’Itinérant, un rassemblement mensuel axé sur les échanges artistiques. Artiste interdisciplinaire ayant complété son cursus en photographie à l’Université Concordia en 2013, Simon Grenier-Poirier fait partie entre 2012 et 2016 du duo musical Automelodi, une formation qui définit sa musique comme de l’« impossible folk », avec laquelle il participe à une tournée européenne. Son champ de recherche artistique et conceptuel comprend l’art relationnel, le concept d’hospitalité, les systèmes, la période de la guerre froide et le rôle de la culture dans les organisations du pouvoir.

Ensemble, ces deux jeunes artistes nés dans les années 1980 empruntent à la danse, aux arts visuels et à la performance. Leur travail s’articule autour des dynamiques sociales et des systèmes de valeur et d’échange. En 2016, ils présentent Memory Palace à la Fonderie Darling et dans différentes maisons de la culture. La même année, en résidence à la Fabrik de Potsdam en Allemagne, ils élaborent le concept de Speed Glue, du nom de la colle qui sert à fixer le caoutchouc à la raquette de ping-pong et à accélérer le jeu. Différentes étapes de travail ont par la suite été présentées au Québec, à New York et au Royaume-Uni. Dans le cadre de l’exposition de Françoise Sullivan en 2018, leur performance Hasards préparés a été présentée au Musée d’art contemporain de Montréal.

Vous collaborez régulièrement pour créer des performances. Quelles étaient, cette fois-ci, les idées autour desquelles s’articulait la création de Speed Glue ?

Dorian Nuskind-Oder : Nous nous interrogions sur trois concepts : l’échange, l’intérêt, la valeur. Nous trouvions intéressant que ces mots possèdent une résonance en art et en performance, mais également dans le champ économique.

C’était la base de nos préoccupations, mais nous ne voulions pas explorer ce thème de manière frontale. Nous ne connaissions pas encore la matière concrète sur laquelle nos lectures et conversations allaient se poser.

Simon Grenier-Poirier : Nous discutions autour de l’économie financière, bien sûr, mais pas seulement. Nous nous sentions proches des écrits de l’anthropologue et anarchiste David Graeber qui a enseigné à Yale et a été impliqué dans le mouvement Occupy Wall Street. Les textes de l’artiste allemand Joseph Beuys sur la valeur de l’art ont aussi été sources d’inspiration.

Les notions de compétition et de concurrence sont arrivées assez rapidement dans nos discussions, puisque ce sont deux éléments centraux sur lesquels repose le modèle capitaliste. Ce n’est pas un hasard si nous avons commencé le projet près de Berlin ; beaucoup d’artistes y ont créé des œuvres autour du communisme et des théories de Karl Marx. Nous nous demandions comment nous, jeunes artistes de l’Amérique du Nord, allions aborder ces idées.

Nous avons grandi après que le mur de Berlin et l’idée communiste se sont écroulés et qu’il n’y avait plus d’alternative au modèle capitaliste, durant le développement d’un monde unipolaire.

En questionnant les systèmes économiques, comment en arrive-t-on au ping-pong ?

D.N.-O. : Venant du monde de la danse, j’ai l’habitude de faire le lien entre l’action et la création artistique. Dans notre démarche, nous passons beaucoup de temps au départ à définir le concept, à en discuter. À Montréal, dans le studio de Simon, il y avait une table de ping-pong. Le fait de jouer, debout, en interaction, me ramenait à la danse, à l’action artistique.

Ensuite, en résidence, nous avons immédiatement remarqué qu’il y avait des tables de ping-pong partout en Allemagne ! Dans les parcs, les bars et les cafés. Nous avons compris assez vite, bien que nous ne savions pas ce que nous allions faire, que la structure de la table de ping-pong et l’acte de jouer étaient importants et que l’on pouvait faire des liens avec les notions économiques qui étaient à la base du projet. Nous nous sommes alors mis à lire autour du ping-pong, à regarder des documentaires.

Il y avait ce qu’on a appelé la « diplomatie du ping-pong » au début des années 1970, quand l’équipe des États-Unis avait été invitée en Chine dans une mission diplomatique. Cela a marqué les relations entre ces deux grandes puissances, l’une communiste et l’autre capitaliste.

S.G.-P. : Après la recherche, nous avons contacté des joueurs de ping-pong de haut niveau. Nous voulions changer les règles du ping-pong, amener ce sport ailleurs en conversation avec deux joueurs de compétition. Alors qu’ils sont formés pour gagner, nous avons transformé la compétition pour établir une coopération entre eux. C’est très déstabilisant pour des sportifs de ce calibre !

D.N.-O  Cela change complètement leur rapport au jeu. Ce qui leur est impossible normalement devient possible. En compétition, le but est de faire rater un coup à son adversaire extrêmement rapidement. Il faut donc être efficace, à l’écoute des faiblesses de l’autre, et trouver le moyen de les exploiter.

Il n’y a pas vraiment d’espace pour des choix esthétiques ni pour des risques non calculés. Ce contrôle extrême que les joueurs ont sur la balle nous donne le loisir d’explorer les techniques alternatives qui sont inutiles en compétition, qui n’ont normalement aucun sens.

Nous les invitons à penser de manière chorégraphique. Ils ne sont pas uniquement concentrés sur le fait de gagner ; ils pensent tout à coup en termes d’espace, de temps, à leur manière particulière de bouger autour de la table, à la manière de bouger de l’autre.

Au final, qu’est-ce qui reste lorsqu’il n’y a plus de compétition ?

S.G.-P. : Au lieu de nous concentrer exclusivement sur le pointage et le résultat, nous nous intéressons dans Speed Glue aux interactions des joueurs. Nous observons avec attention des gens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes. C’est différent lorsqu’ils sont en compétition, dans le feu de l’action, mais je crois qu’ultimement, le ping-pong demeure un jeu.

Si l’on compare avec le capitalisme, où la compétition est une finalité, ce n’est pas ce qui est le plus important pour les athlètes. À la fin d’une partie, ils ont énormément de respect pour celui qui perd. Il les a poussés à être meilleurs qu’ils ne l’étaient auparavant. Les notions de respect et de dépassement personnel sont primordiales. On peut imaginer que le capitalisme incarne l’aspect négatif de la compétition, alors que le sport en incarne la valeur positive

Un spectacle de
  • Simon Grenier-Poirier + Dorian Nuskind-Oder
Production déléguée
  • Je suis Julio
Concept et direction
  • Simon Grenier-Poirier + Dorian Nuskind-Oder
Performance
  • Antoine Bernadet + Edward Ly
Éclairages et scénographie
  • Jean Jauvin
Direction des répétitions
  • Pierre-Luc Thériault
Direction technique
  • Paul Chambers
Joueurs à la création
  • eff Sylvestre Décary + Sophie Gauthier + Miikka O’Connor + Otto Tenillä + Pierre-Luc Thériault + Wenbin Zhang
Coproduction
  • Festival TransAmériques
Résidences de création
  • fabrik Potsdam + Centre de création O Vertigo + Ly Table Tennis Academy
Présentation en collaboration avec
  • La Chapelle Scènes Contemporaines